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Depuis bientôt trois ans, la Direction Départementale de la Sécurité Publique de l'Hérault (34) s'est penchée sur le domaine de la cartographie et à l'approche spatiale de la délinquance, notamment sur des programmes informatiques spécifiques et des outils expérimentaux. Ils permettent d'établir différents types de cartes qui constituent à la fois des ressources nouvelles pour mieux comprendre la situation :
- la carte permet d'appréhender la dimension spatiale du phénomène, de visualiser les quantités et les spécificités, et de croiser les informations ;
- c'est un outil complémentaire pour l'action et un mode de lecture du territoire qui génère du débat local ;
- c'est aussi un système d'écriture qui obéit à des règles ;
Les cartes ne représentent que 80% à 90% des faits compris dans les fichiers police. En effet, lorsque dans le fichier figure un lieu de commission tel que " Internet ", ou " magasin X ", ils ne sont pas géoréférencés et ne peuvent être positionnés sur la carte car le logiciel de géocodage exige une adresse exacte.
La pertinence de ces observations et la justesse des analyses dépendent de la qualité et de la quantité des informations collectées par les différents services de police.
A quoi
sert un outil cartographique de la délinquance pour les services de Police ?
à deux choses :
La première est de permettre de réagir rapidement et de manière opérationnelle
à l'évolution quasi quotidienne de la délinquance.
La seconde est de permettre d'orienter et de diriger les actions de police.
Le premier et principal usage de la cartographie est tactique et opérationnel, puisqu'elle s'attache à identifier des lieux de concentration des faits communément appelés " hotspot ". A partir de cette information, la gestion des ressources disponibles pour répondre aux observations est grandement facilitée. Les gains en efficacité et surtout en rapidité sont manifestes
Il était important pour nos services de police de mettre en place un système d'information géographique de la délinquance de voie publique, conçu pour aider non seulement à l'observation de l'évolution de la délinquance mais aussi à l'appréhension des assauts de crimes et délits. Un outil, dont la base de données est remise à jour chaque jour, analyse statistiquement les crimes et délits et leur localisation. Ainsi sont identifiés certains scénarios type, de même que les relations causales entre crimes. L'efficacité des stratégies d'intervention est de la sorte testée.
Sans invoquer une neutralité des outils de type Géoprévention, et plus largement les techniques de cartographie de la délinquance, il est bien évident que ces techniques peuvent être mises en œuvre dans des logiques purement policières ( comme à New York) ou dans des logiques de gestion coopérative de la sécurité. Les cartes de la délinquance constituent un support pour l'ensemble des acteurs impliqués dans la sécurité : police, magistrats, élus… C'est ce que suggére une serie d'expériences sur notre département de l'Hérault. Ces outils pourraient même constituer l'infrastructure technique de la police de terrain.
L'un des développements les plus prometteurs des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans le domaine policier est incontestablement la cartographie de la délinquance. Elle possède en commun avec le travail policier que nous effectuons sur le terrain un certain éclectisme, faisant appel à des disciplines aussi variées que la géographie, l'informatique, les mathématiques et la criminologie.
Trois éléments sont essentiels à la création à l'aide d'ordinateurs de cartes représentant la criminalité déclarée : des données sur les crimes et délits commis composées au moins d'une adresse ou d'un élément de localisation identifiable, des cartes digitalisées et un Système d'Information Géographique (SIG). Une forme plus artisanale de cartographie est bien sûr possible, et les auteurs ont visité de nombreux commissariats de police dans lesquels des myriades de punaises garnissent des cartes accrochées aux murs. Certains problèmes pratiques liés à cette approche pour le moins empirique sont toutefois aisément surmontés grâce à l'utilisation de l'outil informatique, qui ne se trouve jamais à court d'espace d'exposition et qui permet d'isoler certains types d'infractions.
Les bénéfices apparents ne signifient pas pour autant qu'il ait été aisé d'implanter un service de cartographie criminelle dans notre institution policière.
La neutralité technique de la cartographie doit de plus être soigneusement remise en question. Les nouvelles techniques d'analyse peuvent distribuer les lieux criminogènes en une classification binaire. Les implications de cette nouvelle approche se répercutent alors sur la perception locale de l'environnement par nos services et par le public. Il est alors possible d'imaginer que l'utilisation de la cartographie puisse artificiellement changer la perception d'une zone dans les rangs de la police et du public. Cet étiquetage d'un quartier comme " point chaud " peut avoir de sévère conséquences, le risque associé par le public à certains quartiers suffisant à déclencher la spirale de la détérioration du marché immobilier et le lent repli des services publics. Ce danger est, qui plus est renforcé par le développement de l'Internet et l'Intranet comme outil de diffusion d'informations policières institutionnelles et de prévention contre le crime.
Malgré ces objections, le futur de la cartographie de la délinquance s'annonce riche en développements théoriques et techniques.
Concrètement
pour la Direction Départementale de la Sécurité Publique de l'Hérault, les
effectifs de terrain disposent désormais d'une information plus claire, plus précise
avec des objectifs quantifiés visualisés. Cet enrichissement du métier agit
positivement sur la motivation et l'on peut effectivement parler de management
de la sécurité