| « Cartographier sa délin-quance » : la
ville de Roubaix met en place un système informatique s'inspirant des expériences
menées, depuis quelques années, dans plusieurs grandes villes américaines et
canadiennes mais non encore utilisé en France. « L'objectif est de diminuer
quantitativement les délits et incivilités commis sur la voie publique (50 % des faits
recensés) en réduisant les foyers géographiquement localisés », explique Jean-Luc
Besson, directeur des services prévention, police, justice de la municipalité.
Mis au point par la société
Data-Image, le logiciel baptisé Géoprévention permet de confronter les données
enregistrées par les services de police, les bailleurs sociaux, l'Éducation nationale,
la société des transports urbains, la SNCF et d'autres partenaires.
Avec 109 délits pour 10 000 habitants recensés par la
police nationale, la ville de Roubaix (98 000 habitants) se trouve dans la fourchette
haute de la délinquance, la moyenne nationale étant de 70. Le taux de mineurs mis en
cause (25 %) se situe également à un niveau élevé.
« Il s'agit de se rapprocher de la vision et du sentiment
d'insécurité ressentis par la population, dit Richard Olszewski, adjoint au maire,
chargé de la sécurité, en détectant géographiquement les délits qui ont aussi un
rapport avec le niveau des incivilités, y compris les atteintes au cadre de vie. » Car
tous les actes qui ne donnent pas lieu à des plaintes aussi bien dans les immeubles, dans
la rue, ou les transports en commun, seront désormais répertoriés et analysés.
Richard Olszewski constate, par exemple, que le service des
urgences de l'hôpital reçoit beaucoup de femmes battues qui ne portent pas plainte. Ces
situations trahissent souvent des problèmes d'alcoolisme et des familles en difficulté
avec des enfants délaissés. La sectorisation permet aux services sociaux d'agir plus
vite. Il en est de même pour les vols de voitures que les données mises sur écran ont
pu sectoriser car le commissariat de Roubaix est équipé d'une base de données qui
transférera régulièrement ces infos au serveur municipal.
En fait, Géoprévention comprend un ensemble de logiciels
variant en fonction des partenaires. « Ce système, explique le responsable de
Data-Image, est avant tout un outil offrant des fonctions d'analyses statistiques et
cartographiques simplifiées et instructives. Géoprévention permet une gestion
coopérative de la sécurité publique. »
Tous les partenaires se sont engagés à enrichir, chaque
jour, la base de données. Les premiers résultats sont attendus pour la fin de l'année.
Car si ce dispositif permet, selon Richard Olszewski, « un travail chirurgical, ce
n'est qu'un outil d'aide à la décision. Il faut ensuite de la réactivité ».
La ville de Roubaix, qui a déjà investi 30 000 euros dans
ce système, entend faire baisser l'insécurité grâce à lui et s'attaquer plus
efficacement à la délinquance lourde de certains quartiers.
« C'est l'arrivée de Big Brother dans notre ville ! », accusent
les détracteurs mais la mairie souligne qu'aucun nom n'apparaît sur les écrans ni n'est
fourni au serveur central, la police ne signalant que les faits. Le ministère de
l'Intérieur a donné son agrément et l'on attend encore la réponse de la Commission
nationale informatique et liberté (Cnil) qui se penche actuellement sur le logiciel. |