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Par Haydée
SABERAN
jeudi 26 septembre 2002 |
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«C'est
un outil pour mieux organiser nos services et faire de la prévention ciblée, de la
chirurgie.» Richard Olzewski, adjoint au maire |
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REVUE
DE PRESSE |
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A
Roubaix, une carte pas très tendre
Tous les délits
et crimes sont répertoriés sur un logiciel
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Roubaix
cartographie sa délinquance. Quartier par quartier, rue par rue, voire maison par maison.
Tous les délits, mais aussi les «incivilités», sont répertoriés. Par qui ?
Par la police, nationale et municipale, par la SNCF et Transpole qui gère les lignes de
bus, métro et tramway, par l'Education nationale, par les deux sociétés HLM de la ville
ainsi que les services de propreté urbaine, les gardiens d'immeuble et la chambre de
commerce, enfin par les entreprises dont les salariés sont victimes de délits - La
Redoute et Casino entre autres.
Expérimentation. Le tout est centralisé par la ville, au sein du contrat local
de sécurité. Pour les faits qui relèvent du pénal, c'est du ressort de la Police
nationale. Les informations qu'elle diffusera aux membres du contrat local de sécurité
seront localisées par «îlot Insee» et non par adresse : on ne saura donc pas dans
quelle maison a été commis un viol ou un meurtre. Le reste est accessible aux membres du
réseau, et partiellement, lors de réunions, aux habitants. Ce n'est pour l'instant
qu'une expérimentation. Mais Data Image, la
société qui a mis au point le logiciel, compte le
commercialiser à d'autres villes.
On peut visualiser la carte dans son ensemble, pour y repérer, par exemple, la
répartition des vols de voiture. On peut zoomer sur une adresse. Tout est listé. Tag,
dépôt d'ordure sauvage, véhicule abandonné, chiens dangereux non muselés, présence
de seringues : tout ce qui est «créateur d'un sentiment d'insécurité» est
répertorié, et analysé, explique Richard Olzewski, adjoint au maire divers gauche,
chargé de la sécurité.
Le cartographe clique sur un point de couleur, une fiche apparaît : c'est celle d'une
vendeuse qui appelle la police pour signaler «un individu suspect qui squatte dans le
magasin». Pas de noms, mais la date, l'heure et l'adresse exacte du magasin, chaque
information peut servir d'«élément d'analyse».
L'objectifÊpour la mairie ? «Evaluer. C'est un outil, pour mieux organiser nos
services et faire de la prévention ciblée, de la chirurgie. Nous avons un volet social
énorme. Ce n'est pas Big Brother. Si on localise une femme battue, on peut envoyer un
travailleur social, et prévenir la délinquance, puisque c'est dans ce genre de famille
que se crée la jeune délinquance. C'est aussi un moyen de repérer les multivictimes et
de les aider», explique l'adjoint à la sécurité. Il rassure : «On n'est pas
aux Etats-Unis, où on peut cliquer sur Internet pour voir si son voisin a un casier
judiciaire. C'est une philosophie différente.»
Une fois par an, les habitants d'un quartier seront conviés à des réunions
d'information, «pour leur expliquer les risques du quartier, par exemple les
cambriolages ou la violence routière, et réfléchir avec eux à des solutions».
L'adjoint propose par exemple «le neighbour watching, qui ne marche pas en
France parce qu'on a peur de la délation, mais qui est une forme d'entraide, de
solidarité. Les habitants d'un quartier surveillent le voisinage».
Silence. La Commission nationale informatique et liberté (Cnil) n'a pas réagi,
et en la matière, qui ne dit mot consent. Jean-Luc Besson, directeur de la prévention et
des relations avec la police, se prend à rêver : «On pourrait travailler en trois
dimensions sur les immeubles de grande hauteur, on pourrait aussi faire des photos
satellite.» Il est convaincu qu'il existe un lien entre le niveau d'incivilité et le
niveau de délinquance. «Pourquoi le gamin irait à l'école si son père pose le
frigo sur le trottoir ? Pourquoi il n'irait pas embêter les filles si son père pollue la
rue en réparant son véhicule sur la voie publique ?»
Financé par le contrat de ville, c'est-à-dire pour moitié par la région et l'Etat,
et pour l'autre moitié par la ville, le développement du logicielÊa coûté 30 000
euros. Les responsables roubaisiens ne s'inquiètent pas de stigmatiser des lieux ou
d'exaspérer les habitants. «De toute façon, c'est déjà stigmatisé.» Ils
conviennent toutefois que l'outil «peut avoir des effets dévastateurs si on l'utilise
mal.». |
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